Madeleine Parent

Née à Montréal en 1918, Madeleine Parent s’aperçoit très jeune des inégalités sociales qui l’entourent. C’est à l’Université McGill, où elle obtient un baccalauréat en 1940, que débute sa longue lutte pour la justice sociale. Sa première campagne sera pour l’obtention de bourses pour les étudiants moins fortunés. Après une rencontre avec Léa Roback, elle décide de devenir elle aussi organisatrice syndicale. Ainsi commence entre ces deux femmes une collaboration qui durera des décennies et qui est rappelée dans le nom de la Maison Parent-Roback.

Pendant la guerre, Madeleine débute sa carrière de syndicaliste par l’organisation des travailleuses et des travailleurs des usines de textile du quartier Saint-Henri, puis en 1942, de Valleyfield. Elle aura maintes fois l’occasion de démontrer son courage et son leadership, en particulier lors d’une grève difficile en 1946 à l’usine de la Dominion Textile de Valleyfield. Cette grève de 100 jours par les Ouvrier unis du textile, – menée d’abord par celui qui sera plus tard son mari, Kent Rowley, puis après l’arrestation de ce dernier, par Madeleine Parent, – sera déclarée illégale par le Premier ministre et Procureur général du Québec, Maurice Duplessis, et attirera sur Madeleine les foudres du clergé local. Elle sera dénoncée du haut de la chaire et arrêtée, pour être libérée sous cautionnement. La grève se soldera par une victoire pour le syndicat des Ouvriers unis des textiles d’Amérique.

Madeleine Parent

Un an plus tard les travailleuses et les travailleurs du textile de Lachute déclarent une grève qui sera marquée par de nombreuses confrontations avec la police, par des arrestations répétées des meneurs dont Madeleine, jusqu’à ce qu’elle soit accusée de sédition en 1947 par un Maurice Duplessis qui en a fait une vendetta personnelle. En ces années de Guerre froide, Madeleine et Kent sont accusés de conspiration séditieuse. Commence alors le plus long procès des annales québécoises qui se terminera en 1955 par son acquittement. Une autre grève à Valleyfield, en 1952, se termine par un échec. En 1953, Madeleine Parent épouse son compagnon de lutte Kent Rowley.

Pendant toutes ces luttes, Madeleine et Kent se battent pour la canadianisation du mouvement syndical « internationale », c’est-à-dire affilié aux centrales américaines. C’est ce qui mène, en 1967, à la fondation, par Madeleine et Kent, de la Confédération des syndicats canadiens. Madeleine s’installe alors à Brantford, en Ontario, où elle poursuivra le combat pour les droits des travailleuses et des travailleurs, pour l’amélioration de leurs conditions de travail et leur participation au mouvement syndical. Elle insiste sur la démocratie syndicale, combat la bureaucratie et se tient à l’écoute de la base.

Parmi les grèves qu’elle a mené en Ontario, il faut noter celle de Harding Carpets (1956) et de Texpack (1971) à Brandford et d’Artistic Woodwork (1973) et Puretex Knitting (1978) à Toronto, tous des endroits où la présence des travailleuses est importante.

Dans les années 1970, Madeleine se fait connaître de plus en plus comme féministe. Elle est membre fondatrice du Comité d’action pour le statut de la femme (NAC) à Ottawa où elle représentera le Québec pendant huit ans. Elle y défend surtout les droits des femmes autochtones, et réclame pour toutes les travailleuses un salaire égal pour un travail d’égale valeur, l’équité salariale.

En 1983, Madeleine prend sa retraite du mouvement syndical et revient au Québec où elle poursuit sa vie de militante sur plusieurs fronts. Convaincue du droit des femmes à contrôler leur propre corps, elle est aux côtés de Chantal Daigle, en 1988 et 1989, lorsque cette jeune femme réclame le droit de se faire avorter sans le consentement de l’homme responsable de sa grossesse. Madeleine, qui a toujours entretenu des liens avec les Autochtones de Kanawake, se retrouve auprès des Mohawks pendant la Crise d’Oka en 1990.

Toujours prête à défendre les droits des plus démunie, Madeleine avait naturellement sa place à la Marche du Pain et des Roses de 1995 organisée par la Fédération des Femmes du Québec, comme à la Marche mondiale des femmes en 2000. Elle accordait un intérêt particulier aux femmes d’ailleurs soir immigrantes ou réfugiées. C’est ainsi qu’elle s’est impliquée dans le Centre des travailleurs et des travailleuses immigrés et dans l’Association des femmes du sud-est asiatique.

Pacifiste, elle se retrouvera dans la rue pour protester contre la première guerre d’Irak en 1991. Déjà frêle, elle s’adressera à la foule par un froid polaire lors de la grande manif contre la deuxième guerre d’Irak en mars 2003.

Madeleine n’a jamais perdu sa méfiance envers les ambitions mondiales des Etats-Unis. Au Sommet des Peuples de Québec, elle a insisté pour marcher fièrement derrière une bannière pendant des kilomètres pour faire valoir son opposition au projet de zone de libre-change des Amérique (ZLÉA). Madeleine s’intéressait autant à la politique internationale qu’à la politique canadienne et québécoise qu’aux questions syndicales. Elle était une souverainiste convaincue qui a pris position pour le Oui en 1980 et en 1995.

Madeleine a légué au Québec un idéal de justice sociale auquel elle a consacré sa vie avec une détermination et un dévouement exemplaires. Elle a mis ses qualités de détermination, de combativité, de courage, au service des oppriméEs et des démuniEs. Elle sera longtemps une inspiration pour toutes celles qui luttent pour changer le monde.

Andrée Lévesque

Madeleine Parent - 2001

>> À lire : Madeleine Parent, militante ­, éditions du remue-ménage.
>> À voir : Madeleine Parent, tisserande de solidarités, de Sophie Bissonnette

retour à l’historique
buy levitra online